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18/12/2025Lydia MOUDJEB
Financer la démocratie : pourquoi la philanthropie doit soutenir la liberté de la presse et les médias indépendants ?
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Financer la démocratie, c’est soutenir la liberté de la presse. Retour sur le webinaire AFF et les enjeux du financement des médias indépendants.

Le Giving Tuesday n’est pas qu’une période de collecte, c’est avant tout un mouvement avec un objectif plus profond : soutenir les causes qui rendent possible une société juste et ouverte.

À la suite du webinaire organisé par l’Association Française des Fundraisers (AFF) le 12 décembre, une évidence s’est imposée aux près de 120 participants : sans médias libres, pas de démocratie vivante.

Dans un contexte marqué par la désinformation, les pressions économiques, l’érosion de la confiance et la fragilisation de l’espace civique, la question du financement de la presse indépendante et du pluralisme devrait s’imposer comme un enjeu prioritaire pour le secteur philanthropique. Pourtant, en France, c’est encore loin d’être le cas.

Un constat préoccupant : la démocratie, une cause peu financée

Selon les données partagées lors du webinaire, moins de 2 % des fonds philanthropiques français sont aujourd’hui consacrés à la démocratie, à la liberté de la presse et au soutien aux médias indépendants.

Un paradoxe, alors que :

  • les modèles économiques des médias sont de plus en plus fragiles ;
  • la défiance envers l’information s’accroît ;
  • les acteurs de l’éducation aux médias manquent de moyens ;
  • la pression sur les journalistes s’intensifie, en France comme ailleurs.

La philanthropie, par habitude ou culture, s’est souvent concentrée sur des causes plus visibles ou plus traditionnelles : santé, éducation, solidarité sociale. Pourtant, la démocratie est une cause « mère », qui conditionne toutes les autres.

Sans une information fiable, pluraliste et accessible, aucune mobilisation citoyenne ne peut réellement s’épanouir.

Trois initiatives qui montrent la voie

Le webinaire a donné la parole à trois structures qui innovent pour financer la démocratie, la liberté d’expression et le pluralisme médiatique. Chacune illustre à sa manière les modèles émergents et les pistes de résilience possibles.

The Conversation France : un modèle hybride entre recherche, philanthropie et lectorat

Lors du webinaire, The Conversation France a rappelé qu’un projet éditorial exigeant repose sur un modèle économique volontairement hybride, pensé pour garantir son indépendance :

  • le soutien de son lectorat,
  • des partenariats avec le monde académique,
  • un financement philanthropique porté par des fondations, dans un cadre strict excluant toute influence sur les contenus.

Ce choix permet au média de s’affranchir des logiques publicitaires et de préserver une information libre, non partisane et accessible à tous. En plaçant la connaissance au cœur du débat démocratique, The Conversation contribue ainsi à renforcer la qualité de l’information et la confiance dans les médias, deux piliers essentiels d’une démocratie vivante.

Kometa : quand le pluralisme rencontre l’innovation financière

La Revue Kometa expérimente des modèles encore peu visibles dans le paysage français :

  • mécénat stratégique,
  • impact investing,
  • fonds de dotation,
  • matching grants.

Une manière d’explorer de nouveaux leviers pour que la culture, le débat d’idées et le journalisme de fond trouvent des financements stables et alignés avec leur mission.

Le Fonds pour la Démocratie : structurer un écosystème civique

Créé en 2024, le Fonds pour la Démocratie soutient déjà 13 associations engagées dans :

  • la participation citoyenne,
  • l’éducation civique,
  • l’animation du débat public,
  • la protection de l’espace civique.

Son objectif : offrir des financements pluriannuels, apporter de la stabilité, et contribuer à structurer un champ encore trop fragmenté en France.

Un message clé : financer la démocratie, c’est financer toutes les causes

Un fil rouge a traversé l’ensemble des échanges : la démocratie n’est pas une cause parmi d’autres ; elle est la condition de toutes les causes.

Soutenir un média indépendant, financer un organisme qui protège la liberté de la presse, contribuer à un fonds qui renforce la participation citoyenne : ce ne sont pas seulement des choix techniques de financement, mais des engagements pour préserver un cadre collectif où chaque association peut exercer pleinement sa mission.

Pour les fundraisers, cela implique d’adopter une approche nouvelle :

  • Penser en termes d’écosystème ;
  • Défendre des modèles économiques résilients ;
  • Mobiliser les donateurs autour d’une vision, et non d’un simple projet ;
  • Rappeler que la liberté d’informer se défend et se finance.

Aller plus loin : repenser la philanthropie à l’aune du pluralisme

Le webinaire a ouvert un débat essentiel, à poursuivre bien au-delà du Giving Tuesday.

Il invite les associations, fondations, mécènes et citoyens à considérer la démocratie comme une cause stratégique, à la hauteur de ses enjeux.

Pour approfondir les enseignements de cette rencontre, l’AFF propose un article complet qui revient sur les échanges, les modèles présentés et les pistes d’action pour les fundraisers.

Parce que protéger la liberté d’informer, c’est protéger la capacité d’agir de toutes les causes solidaires.

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