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15/01/2026
L’engagement des jeunes n’est pas en crise, il est en mutation

Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont ni désengagés ni indifférents.

Ils sont exigeants, lucides et sélectifs dans leurs formes d’engagement.

Ils veulent agir autrement : avec du sens concret, de la proximité, de la reconnaissance et un réel pouvoir d’agir. Leurs contraintes de temps, de précarité et de charge mentale redessinent profondément les modalités de mobilisation.

Pour les associations, fondations et organisations sans but lucratif, l’enjeu n’est donc pas de “convaincre” les jeunes de s’engager, mais de repenser les cadres, les formats et les postures afin de rendre l’engagement plus accessible, plus légitime et plus durable.

Plusieurs leviers concrets, issus des pratiques de terrain, existent pour mieux comprendre ces évolutions et adapter ses stratégies d’engagement aux réalités des 15-30 ans.

Repenser la relation aux jeunes : de l’exécution au partenariat

Les jeunes veulent être considérés comme des partenaires, pas comme une main-d’œuvre bénévole interchangeable.

Adopter une pédagogie horizontale

La mise en place d’une pédagogie horizontale, fondée sur la co-construction plutôt que sur la prescription, est indispensable. Il ne s’agit plus de “faire faire”, mais de faire avec. Partager le pouvoir d’agir, associer les jeunes aux décisions, leur laisser une marge d’autonomie réelle : ces éléments sont aujourd’hui déterminants pour susciter l’envie de s’engager.

L’exemple de Coexister France illustre parfaitement cette approche. Ce mouvement national, porté majoritairement par des jeunes, agit pour le dialogue interconvictionnel et le vivre-ensemble. Sa gouvernance repose sur une logique de confiance : les groupes locaux sont animés par des bénévoles autonomes, capables de concevoir leurs propres actions et de prendre des décisions collectives. L’apprentissage se fait par l’action, sans injonction de performance immédiate.

Valoriser les compétences acquises

L’engagement est aussi un espace d’apprentissage. Communication, animation de groupe, médiation, gestion de projet, prise de parole… Ces compétences, souvent invisibles, doivent être nommées, reconnues et valorisées. Chez Coexister, les jeunes occupent de véritables rôles de coordination et de représentation, ce qui renforce leur sentiment de légitimité et d’utilité sociale.

Nous devons apprendre à montrer aux jeunes que leur engagement a une valeur réelle, pour eux comme pour la société.

Écouter les besoins et redonner un véritable pouvoir d’agir

Un autre point central concerne l’écoute. Les jeunes ne manquent pas d’envie, mais ils ont besoin de se sentir utiles, entendus et légitimes.

Comprendre leurs réalités avant de proposer

Avant toute sollicitation, il est nécessaire de se demander :

Qu’est-ce qui les motive ? Quelles sont leurs contraintes ? Quels formats leur correspondent ?

L’exemple d’Animafac, réseau national d’accompagnement des associations étudiantes, montre l’efficacité de cette démarche. Depuis plus de 25 ans, Animafac construit ses actions à partir des besoins exprimés par les jeunes eux-mêmes. Précarité étudiante, emplois du temps fragmentés, fatigue militante : ces réalités sont intégrées dans la manière de proposer l’engagement, via des formats courts, modulables et non culpabilisants.

Créer un cadre clair pour libérer l’initiative

Écouter ne suffit pas : encore faut-il donner les moyens d’agir. Outils, méthodes, espaces de formation, temps collectifs… Autant de leviers qui sécurisent la prise d’initiative. Chez Animafac, les projets portés par les jeunes ne sont pas “validés d’en haut”, mais accompagnés et rendus visibles.

Nous devons créer un cadre clair qui autorise l’expérimentation et légitime les initiatives des jeunes.

Miser sur le local et la proximité : agir à petite échelle

Les jeunes s’engagent plus facilement lorsque l’action est proche, concrète et humaine. L’aspect local joue ici un rôle déterminant.

Des actions accessibles et ancrées dans le quotidien

L’association Benenova réinvente le bénévolat de proximité en proposant des missions locales, courtes (1 à 3 heures) et immédiatement utiles. Les actions ont lieu dans des quartiers, des écoles, des centres sociaux, des jardins partagés : des lieux familiers, où la barrière d’entrée est faible.

Cette logique répond directement aux contraintes des jeunes, tout en créant un fort sentiment d’appartenance.

Le pair-à-pair comme moteur de confiance

Benenova mise également sur la relation entre pairs. Chaque action est animée par un bénévole référent, dans une ambiance conviviale et rassurante. On agit ensemble, sans pression, avec la possibilité de tester, de revenir… ou non.

Le local n’est pas un repli : c’est un accélérateur d’engagement.

Hybrider digital et présentiel : utiliser les bons canaux

Aucun canal ne suffit à lui seul. L’engagement des jeunes repose sur une combinaison intelligente entre relation humaine et outils digitaux.

Le présentiel pour créer la confiance

Rencontres, témoignages, échanges directs : le face-à-face reste un déclencheur essentiel. Il permet de lever les freins, de répondre aux questions concrètes et de rendre l’engagement tangible.

Le digital pour informer et passer à l’action

Le Service Civique illustre cette stratégie multicanale. Plateforme en ligne accessible, réseaux sociaux dynamiques, contenus incarnés et témoignages de pairs : le digital devient une porte d’entrée rassurante et efficace.

Les volontaires eux-mêmes jouent un rôle clé en devenant ambassadeurs sur Instagram, TikTok ou YouTube. La crédibilité vient du pair, pas de l’institution.

Aller-vers et proximité informelle

Street marketing, interventions dans les écoles, groupes WhatsApp : ces canaux renforcent la proximité et la continuité du lien, en allant directement là où sont les jeunes.

Reconnaître et valoriser toutes les formes d’engagement

Dernier levier, et non des moindres : la reconnaissance. Les jeunes s’engagent lorsque l’engagement est choisi, pas imposé.

Dire merci, montrer l’impact

Feedbacks constructifs, valorisation des contributions, portraits, témoignages : autant de moyens de montrer que l’action compte réellement. Il est également essentiel de reconnaître les formes émergentes d’engagement : ponctuelles, créatives, hybrides.

Le mouvement makesense incarne cette philosophie. Les jeunes y sont des co-créateurs de solutions, avec un véritable pouvoir d’agir, un droit à l’expérimentation et une reconnaissance explicite des compétences développées.

Que retenir pour le Giving Tuesday ?

Pour les associations et fondations qui souhaitent s’engager dans le mouvement Giving Tuesday, quelques enseignements précieux sont à noter :

  1. Reconnaître les compétences des jeunes et leur donner un vrai pouvoir d’agir.
  2. Construire des espaces d’écoute, de confiance et de co-décision.
  3. Miser sur la proximité et le local pour faciliter l’entrée dans l’engagement.
  4. Hybrider intelligemment digital et présentiel.
  5. Valoriser toutes les formes d’engagement, sans hiérarchie ni injonction.

L’engagement des jeunes existe déjà. Le défi n’est pas de le créer, mais de le comprendre, de l’accompagner et de lui offrir des espaces adaptés pour s’exprimer pleinement.

Giving Tuesday est une opportunité unique pour repenser nos pratiques, tester de nouvelles choses et ouvrir la voie à des formes d’engagement plus inclusives, plus horizontales et plus durables. À condition, surtout, de faire confiance aux jeunes et de leur laisser la place qu’ils demandent déjà !

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